S’il fallait sous la torture, donner une et une seule saga de jeux de caisses qui a bercé mon adolescence, usée plusieurs manettes et surtout fait passer des centaines d’heures entre potes à s’éclater, nul doute que je citerai Gran Turismo sans hésiter. Il me suffit de me remémorer l’année 98 et le cataclysme né de la sortie nippone du premier volet pour avoir le sourire en coin. Les heures passées à tout décortiquer avec les potes après le lycée, les permis en or à s’arracher les cheveux mais surtout les joutes (verbales et pad en main) afin de déterminer qui de ta Skyline R32 ou de ma Supra RZ Twin Turbo est la reine de Trial Moutain. Un souvenir d’autant plus fort qu’il s’agissait de la première fois sur console de salon que nous avions une « simulation » de caisses avec une réalisation jamais vue auparavant (never seen beforeeeeee comme disent les américains), un nombre de voitures à tomber par terre et des replays venus d’ailleurs. Bref… depuis ce temps j’avoue avoir particulièrement apprécié cette série qui malgré des défauts récurrents, et surtout certains points qui n’ont pas bougé (ou peu bougé) depuis plus de 10 ans et ce même si j’ai clairement moins de temps pour y jouer qu’à cette époque bénie de ma jeunesse.
Tout ça pour dire que ce Gran Turismo 5 je l’aurai attendu comme de nombreux fans de la série depuis la première annonce de K. Yamauchi jusqu’à sa sortie définitive le 24 novembre dernier sur Playstation 3. Je l’attendais d’autant plus que j’avais à l’époque fait l’impasse sur la version prologue pour attendre sagement la version définitive qui devait arriver un peu moins d’un an après…
Alors que je viens de passer une bonne quinzaine d’heures sur le titre, il est désormais temps de fournir un premier avis sans concessions sur le « real driving simulator » de la machine de Sony avec ses points forts mais surtout ses points faibles à l’heure où la concurrence est plus forte que jamais sur le créneau désormais assez chargé des « simulations » de conduite sur consoles de salon. Le roi va t-il récupérer son trône où devra t-il partir en exile pour se faire oublier, réponse dans les prochains paragraphes.

- Il était une fois…un grand rêveur :
Comment aborder le mythe Gran Turismo sans parler de K. Yamauchi son géniteur ? Véritable orfèvre du petit monde des développeurs japonais, il a toujours eu un rêve et ce depuis son arrivée chez Sony au milieu des années 90, réaliser LA simulation de conduite la plus complète possible sur console de salon. Véritable amoureux de l’univers automobile mais aussi excellent pilote pendant ses heures de détente, K. Yamauchi aime les belles voitures mais aussi les vieilles cylindrées et tout ce que cela comporte. Cet élément véritable pierre angulaire de la saga constitue en ce sens un début d’explication des points forts mais aussi des faiblesses d’une série qui à mettre trop en avant les voitures n’a pas toujours reussi à dévoiler le côté sombre de celle-ci.
Avec ce nouveau volet, K. Yamauchi nous a encore vendu du rêve depuis des années à coup d’annonces, de volontés sûrement sincères mais surtout avec une passion débordante d’un monde qu’il connaît sur le bout des doigts. Il est d’autant plus difficile de ne pas le croire tant le travail effectué d’une manière générale sur la série est remarquable et tant il a su passer les 2 première générations de consoles Playstation sans trop tomber dans le piège du développement facile (si on oublie GT 4 prologue mais l’a t-il seulement souhaité ???). Nous voici donc après plusieurs années de reports divers et variés devant son produit fini (il a depuis annoncé être satisfait que de 30% du jeu final) et nous allons pouvoir juger de sa qualité et de l’intérêt d’une telle attente pour nous les joueurs.

- Attrapez les toutes !!! :
Si il y a bien une marque de fabrique de la saga GT depuis le premier épisode, il s’agit bien entendu du nombre impressionnant de voitures disponibles. Là encore, le 5ième volet ne déroge pas à la règle avec plus de 1000 voitures disponibles allant de karting aux prototype derniers cris (voir même crées pour l’occasion). De quoi donc traverser l’ensemble de la planète automobile avec son lot de nouveautés. On peut donc désormais concourir dans les catégories Nascar sous license officielle, mais aussi le karting et pour la première fois la license WRC fait son apparition sans grand succès malheureusement. Tout serait si toutefois Polyphony Digital ne nous avait pas réservé une bien mauvaise surprise. En effet, les voitures sont rangées dans deux catégories bien distinctes, les voitures « classiques » (environ 800 voitures ) et les voitures dites « premium » (pour les 200 autres). Une différence notable puisque les voitures « premium » ont été modélisées à 100% y compris sous le capot avec un résultat à tomber par terre comme d’habitude alors que les voitures classiques ont un rendu entre le potable (comprenez légèrement supérieur à GT 4) et le bon (comprenez inférieur aux cadors actuels du genre). Une cruelle déception donc surtout quand on admire le rendu des voitures « premium » avec une vue cockpit avec un niveau de détails jamais vu à ce jour.
Heureusement le jeu est suffisamment consistant pour nous laisser profiter pleinement des plus belles voitures mais en bon collectionneur de voitures japonaises qui ont marquées ma jeunesse, je dois dire que c’est un peu dommage.
Niveau circuits, même constat mitigé. Le nombre de circuits est juste titanesque (plus de 70) mais malheureusement la qualité de ceux-ci est encore une fois inégale. Les circuits en ville ou avec des effets spécifiques (courses de nuit, effets météo et cycle jour/nuit en temps réel) sont juste bluffants de réalisme alors que de nombreux anciens circuits ont traversés les épisodes sans réellement tirer profit de la puissance de la PS3. On oscille donc entre le très beau et le moyen avec heureusement un avantage pour la première catégorie. Ces petits défauts ajoutés à une I.A toujours aussi fastidieuse pourrait donner l’impression que Gran Turismo 5 file droit dans le mûr mais heureusement ce qui fait l’essence de la saga est encore bien là et là dessus que tout va se jouer.

Car ne nous mentons pas, si on aime Gran Turismo d’une manière générale c’est avant tout pour son gameplay réglé aux oignons et ses sensations pad/volant entre les mains et de ce point de vue là, Polyphony Digital à mit les petits plats dans les grands. On retrouve donc nos marques issues de Gran Turismo 4 avec un tranfert de masse juste fantastique et une sensation de conduite somme toute proche de la réalité mais de nombreuses améliorations sont encore de la partie. On sent globalement un peu mieux les voitures et la légère impression de flottement encore présente dans le Prologue a bel et bien disparue. Grâce à un principe d’aide et d’assistance très bien fichu (assez similaire à celui de Forza 3 d’ailleurs), il est possible désormais de régler sa progression à son rythme et de découvrir toutes les subtilités du gameplay au fur et à mesure de la progression. Classique mais bigrement efficace.
Gros plus également, la conduite au volant à clairement passé un cap avec une précision hors pair et des sensations bien présentes et surtout réalistes. On sent clairement sa voiture et très vite les spécificités de chacunes sortent clairement du lot. Une grosse réussite selon moi et le gros point fort qui donne tout son charme à ce Gran Turismo 5.

- … a la mode de chez nous :
Dernier point important de ce GT 5, le jeu est bourré de mode et d’options afin de tenter de satisfaire le plus grand nombre. Ces options bien que dispensables pour certaines renforcent globalement le côté « luxe » du soft avec un message encore une fois bien clair « on aime les voitures et on va vous le montrer« .
Du côté de la course pure, en plus du mode « Arcade » et « GT« , il est désormais possible de participer à des « events » particuliers centrés sur un genre de course où un circuit/genre mythique de l’univers automobile dans sa globalité. Ses « events » permettent d’engrenger de l’expérience à foison et de se frotter à des pilotes célèbres comme Sebastien Loeb par exemple. Très intéressant, ce mode permet de se fixer des challenges élevés surtout à haut niveau avec par moment des objectifs assez difficiles à atteindre. On regrettera juste que le mode rallye est encore une fois perfectible avec des sensations assez moyennes et des courses bien que construites aléatoirement avant chaque départs assez ternes. On retrouve donc dans ce mode du Nascar mais aussi le karting, le circuit de la célèbre émission anglaise « Top Gear » en passant par des entraînements « AMG » sur le Nürburgring.
Le mode B-Spec est également de retour mais entièrement séparé du mode course cette fois-ci. Pour rappel, il s’agit ici de prendre la casquette de chef d’équipe et de recruter puis de faire participer des pilotes I.A a des courses. L’idée consistant à les diriger en pleine course pour les faire accélérer, freiner, prendre des risques ou au contraire assurer la victoire. Ce mode bien que sympathique manque un peu de fond et surtout de récompenses dignes de ce nom pour y passer des dizaines d’heures sauf pour les amateurs du genre.
Bien sûr le mode online est aussi de la partie et sur ce point, mon avis est globalement assez positif. Ayant la chance de pouvoir participer à des sessions sur les serveurs japonais grâce à ma console japonaise, je n’ai pas rencontré à ce jour de gros soucis de lag ou encore de déconnexion comme certains ont l’air d’avoir via les serveurs européens. Le jeu en ligne permet de participer à des courses entièrement réglables jusqu’à 16 participants et on oublie l’espace d’un instant l’I.A du jeu solo pour notre plus grand bonheur. Même si ce mode peut encore être amélioré à ce jour, il demeure suffisamment intéressant pour nous coller des heures supplémentaires une fois le solo retourné dans tous les sens.
En face de tous ses modes de jeu, de nombreuses options communautaires sont également de la partie avec possibilité de prendre des photos avec une tonne d’options pour les retoucher, de faire des vidéos et de les partager avec ses amis. Les options sont certes agréables mais manquent un peu de profondeur à ce jour. Un mode « GT-TV » permet également de voir des vidéos autour du monde de l’automobile. Les vidéos présentes à ce jour sont intéressants en espérant que cela s’enrichisse rapidement dans les mois à venir.
Au final que dire de ce Gran Turismo à part qu’il comporte encore et toujours les mêmes défauts mais qu’une fois la manette ou le volant entre les mains le plaisir prend clairement le dessus sur le reste. On lui pardonne donc encore une fois ses écarts (en espérant toutefois qu’un jour ils disparaissent) et ce même si la concurrence à en a déjà réglé certains d’entre eux pour se concentrer sur l’essentiel le plaisir de conduite et là dessus il n’y a pas grand chose à dire, on a affaire à un très grand jeu. Le roi perd donc un peu de son brillant mais garde la tête haute sur l’essentiel, le plaisir procuré pendant des heures et des heures…

Note Finale : 15/20
